Mercredi 26 septembre 2007
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Aujourd’hui levé 4h00, ce matin rendez-vous avec Moussa Kanté à la Tour d’Afrique (grand rond point de Bamako où s’érige une grande tour, assez moche pour ma part, mais qui simplifie les points
de rendez-vous !!) à 6h00 pour rencontrer l’exciseuse de Baguinéda…qui exerce encore… et aller visiter l’autre petite fille dont nous avons permis la chirurgie l’année dernière ; Kadie.
Nous retrouvons notre cher Moussa tout frais, alors que de notre côté c’est pas la forme…
Il nous emmène alors chez l’exciseuse… rencontre quelque peu rassurante, si ce qu’elle nous a dit face à la caméra était sincère…
Elle envisage définitivement d’arrêter l’activité d’exciseuse, et n’a pas formé ses filles à cet effet, comme la tradition le veut.
Il faut savoir qu’au Mali, et sans doute dans d’autre pays, chaque famille ; voire ethnie, exerce dans un domaine particulier. Par exemple, les familles Peuls sont les
bergers, ils s’appellent Diallo, Sangaré, Diao…, il y a les familles de marabouts, comme les Cissé, etc.
Et il y a les familles de forgerons, comme les Kanté. Dans la tradition, les familles de forgerons sont les circonciseurs ; pour les hommes, et les exciseuses, pour les
femmes. La pratique de la circoncision ou de l’excision se transmet de père en fils et de mère en fille.
Comme vous l’avez donc compris, Moussa, Président de l’AMPE vient d’une famille de forgerons, ça n’a donc pas été facile pour lui de faire accepter sa lutte à sa
famille ; mais dans son travail cela lui confère un atout majeur, car on lui accorde beaucoup plus de crédit de part ses origines.
On a pu apprendre avec cette interview, que la lutte contre l’excision relève d’un problème de mentalité en grande partie, mais aussi d’un problème économique.
En effet, l’exciseuse a suivit de nombreuses formations avec Moussa Kanté et les membres de l’AMPE. Et dans les faits ça volonté d’en finir avec l’excision est plutôt encourageante : elle a
tout d’abord appris la stérilisation du « matériel » (qu’elle nous a montré d’ailleurs (voir photo)), aujourd’hui, elle ne se déplace plus pour les excision collectives, et ne va plus
« chercher la clientèle », elle accepte uniquement lorsqu’une famille lui demande et se rend chez elle, elle n’a pas transmis son « savoir » à ses filles. Elle a aussi
commencé une autre activité ; elle fait les marchés.
Cependant, cette activité ne lui suffit pas pour égaler les revenus qu’elle obtenait auparavant lorsqu’elle était en pleine activité d’exciseuse. Et cela pose un problème à sa famille. Ici, pour
la plupart c’est l’aîné de la famille qui gère l’argent ; on entend par famille les grands-parents paternels, leurs enfants, leurs petits enfants, parfois même les cousins, les oncles et
tantes, les enfants des cousins… en bref, celui qui a un travail subvient aux besoins de toute sa famille, proche ou moins proche.
Et ceci porte préjudice à l’exciseuse de Baguinéda, car si elle arrête définitivement son activité elle prend le risque de se faire chasser de chez elle, d’une part à cause de la tradition des
familles de forgerons ; bien que l’AMPE aie travaillé avec l’ensemble de la famille pour la réorienter, et d’autre part, parce que son activité amène énormément d’argent à sa famille.
Ensuite, on part chez les parents de Kadie. Là aussi, nous sommes très contents du résultat, cette petite fille est aujourd’hui en bonne santé, ses soins se sont très bien passé et les derniers
examens ont révélée qu’elle était aujourd’hui totalement guérie.
C’est sa tante qui nous a reçu, et elle nous a expliqué que les parents de Kadie ne voulaient pas faire exciser leur fille, mais que c’est sa grand-mère qui a profité de l’absence de ses parents
pour l’emmener se faire exciser.
Kadie reste réservée mais paraît moins traumatisée que Fanta.